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Calling Cthulhu, anthologie rassemblée par Nicolas Pagès

J’ai découvert Howard Philips Lovecraft (1890-1937) et le mythe de Cthulhu en 1975 quand les incontournables éditions France Loisirs ont publié en deux tomes les « Légendes du mythe de Cthulhu », un corpus de nouvelles rassemblées par August Derleth (1909-1971) et traduites de l’américain.

Outre « L’appel de Chtulhu » de Lovecraft, s’y trouvaient des textes de Clark Ashton Smith (1893-1961), de Robert E. Howard (1906-1936), dont j’ai par la suite dévoré tous les Conan, d’August Derleth, de Robert Bloch (1917-1994) et de quelques autres. Ce furent mes premier « Cthulhu » et ils furent  suivis de bien d’autres.

La force de Lovecraft fut de créer un panthéon imaginaire, un peu comme l’a fait J.R.R. Tolkien dans « Histoire de la Terre du Milieu », et qui transparait en arrière-plan dans « Le seigneur des anneaux ». Cette structure mythique complexe offre de multiples possibilités à l’imaginaire et de nombreux auteurs ont ainsi pu apporter leur pierre à l’édifice de cette mythologie.

Récemment Nicolas Pagès a rassemblé des textes nouveaux, récents et d’auteurs divers, rendant chacun à leur manière (sage ou plus originale) hommage à l’univers de Lovecraft. Ces recueils, dont le titre est « Calling Chtulhu » sont parus en 2015, 2016 et 2018 dans la collection Imaginarium de L’ivre-Book. Un quatrième opus est en préparation.

Je ne vous parlerai que du troisième tome, n’ayant pas (encore) lu les deux premiers.

Les deux premiers textes, « Réveil mortel » de Françoise Grenier-Droesch et « Dieu », de Jean-Michel Grenier font froid dans le dos, avec une approche assez « trash » et  un gros paquet de matières diverses très sanguinolentes explosant partout.

 

La troisième nouvelle, aux antipodes des deux premières, est « L'énigme du manoir Wellington » de Jean-Marc Sire. J'ai beaucoup apprécié son côté un peu désuet qui rappelle les textes d'Edgar Allan Poe. Les personnages sont sympathiques, les descriptions fouillées, l'immense bibliothèque de l'oncle de Laurens, Lord Helmond (que je verrai bien se prénommer Archibald !) fait rêver. L'énigme est intéressante (là encore, on pense à Auguste Dupin dans les « Histoires extraordinaires » de Poe). Tout cela se lit avec plaisir et on se demande où est passé Chtulhu. Quand vers la fin !!! Alors ! Alors on replonge dans l’univers lovecraftien. Mais je ne dois pas vous en dévoiler plus car je risquerai d'être emportée par une des créatures fantastiques réveillées par les auteurs rassemblés dans cette anthologie !

Le quatrième texte, «  Le sentier de la chèvre noire » de Romain Billot nous emmène dans le Massif Central cher à cet auteur. Cthulhu dans le Cantal, pourquoi pas ? Le début de la nouvelle est très bucolique, avec un couple de parisiens venus passer un weekend en Auvergne. À la lecture de cette nouvelle,  me sont très vite venu en tête des images en noir et blanc, style Comès dans « La belette » (où là aussi des citadins se retrouvent un peu déphasés en s’installant à la campagne). Je verrai très bien cette histoire en BD !

Elle m’a aussi évoqué les bandes des revues « Vampirella » ou «  Creepy » de la fin des années soixante-dix (« Creepy, de la BD à faire frémir » !). Sont-il bêtes ces touristes qui pénètrent dans un temple perdu au fin fond de la jungle amazonienne ! On n’a même pas envie de les plaindre ! Et ces parisiens qui partent en randonnée sur le « sentier de la chèvre noire » ! N’ont-ils donc jamais lu Lovecraft ? Jamais entendu parler de Shub-Niggurath, la « chèvre noire des bois aux mille chevreaux » ??? Allez, on ne les plaindra pas non plus. Romain Billot a bien raison et la forêt auvergnate peut bien se refermer sur eux !

« L’héritier » et « Le copiste » de Faust Netschaiev, deux textes qui n’en font qu’un, sont d’un abord plus difficiles. « HP (une lumière dans la nuit) », de Terry O’Meher nous plonge dans une horreur à la fois explicite et confuse ressemblant fort à un cauchemar, horreur qui comme dans « L'énigme du manoir Wellington », ne rejoint qu’à la toute fin l’univers lovecraftien.

La dernière nouvelle de cette anthologie est « Krakatoa Azathoth Fan Club » de Nicolas Pagès. Là, l’hommage à Lovecraft et à Cthulhu devient presque irrévérencieux mais ce second degré est un choix jubilatoire ! Le style truculent de Nicolas Pagès est un régal et là encore on n’a pas envie de plaindre ce vulcanologue prétentieux entouré de son fan club de geeks boutonneux. J’avoue avoir bien ri de la magnifique traduction phonétique de l’imprononçable formule « Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn » psalmodiée dans « L’appel de Chtulhu », et devenue « Fengshui Magnaf Coutoulou Relié Ghana Ta Gueule Nina Hagen » sous la plume de Nicolas Pagès !!! Trop drôle ! Comme quoi humour  et hommage ne s’excluent pas.

L’ouvrage se termine  par un article de Arnaud Moussart, « Lovecraft : phénomène (contre) culturel », que j’ai d’ailleurs lu en premier et beaucoup apprécié. Attention, c'est plein de notes, de renvois à des parutions diverses et c'est très documenté. De son vivant (1890-1937) le maitre de Providence était quasiment inconnu. Il est « découvert » à partir des années soixante et en France, il « fait un tabac » dans les années soixante-dix sans que l’on ne sache vraiment pourquoi. Mais allez donc lire l'étude d'Arnaud Moussart qui, si elle ne répond pas clairement à cette question a le mérite de la poser.

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Vous pouvez vous rendre sur la page Facebook de cette anthologie en cliquant sur le lien suivant : Calling Chtulhu

mais  elle n'est hélas plus disponibles pour le moment suite à la fermeture des éditions l'ivre-Book. Espérons une prochaine réédition !