La route de Corlay

de Richard Cowper

« La route de Corlay » (« The Road to Corlay » – 1978) de l’auteur britannique Richard Cowper (dont le vrai nom est John Middleton Murry Jr.) appartient à une trilogie, « L’Oiseau blanc de la fraternité » (« The White Bird of Kinship »).

 

Une nouvelle de 1976, « Le chant aux portes de l’aurore » (« Piper at the Gates of Dawn ») en constitue le prologue. Elle a été publiée en France en 1978 aux éditions Denoël (collection Présence du Futur) dans le recueil de nouvelles « Les Gardiens », et en 1979, dans le tome « Le monde des chimères » de l’anthologie réalisée par Marc Duveau sur l’Épopée fantastique (Héroïc fantasy) pour « Le livre d’or de la science-fiction » aux éditions Presse Pocket.

C’est là que je l’ai découverte, ce qui m’a donné envie de lire « La route de Corlay ».

L’action de la nouvelle se déroule à l’aube du troisième millénaire, dans une Angleterre en grande partie submergée, et transformée par la fonte des calottes polaires en archipel composé d’une myriade d’iles brumeuses. Le thème serait aujourd’hui presque banal ! Il était certainement plus original et troublant en 1976 !

Dans ce monde, d’un niveau social et économique rappelant notre Moyen Âge occidental, le vieux conteur itinérant Pierre accompagne le fils de sa nièce, un adolescent nommé Tom, à York où un cousin lui a obtenu une place à l’école du Chapitre et dans le chœur de la cathédrale.

L’atmosphère est étrange. Tom a eu pour maitre, depuis son troisième anniversaire, le magicien Morfedd de Bowness, qui lui a légué à sa mort une sorte de pipeau double, dont il joue grâce au fait que Morfedd lui a petit à petit coupé la langue en deux au fil de son apprentissage. Avec cet instrument, il est capable d’envouter hommes et animaux, et de faire vivre à ceux qui écoutent sa musique des émotions, des rêves, des souvenirs… qui les emportent et les transforment.

« Chaque note du pipeau lui parvint comme si Tom la jouait à côté de lui. Tous ceux qui l’écoutaient dans cette immense foule éprouvaient le même sentiment. Presque malgré lui, Pierre renversa la tête et laissa les flocons de neige plumeux descendre sur son visage levé vers le ciel. Peu à peu, il s’abandonna au charme du chant. Il entendit bientôt le grand bruit d’immenses ailes descendant des cieux. Leurs énormes battements étaient ceux-même de son propre cœur, la pulsation de la vie. Il se sentit soulevé pour aller à leur rencontre… »

C’est également Morfedd qui a fait promettre à Tom d’aller à York pour le tournant du millénaire. L’approche de l’an 3000 suscite des peurs et des espérances dans cette population composée essentiellement de paysans et de pêcheurs, menant une vie simple et frugale, pour laquelle on sent vite que l’Église joue un rôle important. Comme ce fut le cas en 1000 et en 2000, on s’attend à des phénomènes extraordinaires et une légende de répand : celle de la venue, avec le changement de millénaire d’un Oiseau blanc, symbole d’union, apportant une ère de paix et de fraternité.

Tom va incarner ce mythe grâce à sa capacité magique et à son pipeau…

 

La nouvelle est particulièrement bien écrite. Les paysages, les ambiances, les émotions, tout l’environnement de ce monde médiéval de l’avenir sont rendus avec un grand soin. Et surtout, il y règne quelque chose d’intangible, de l’ordre du rêve, de l’espoir d’un monde plus fraternel qui touche le lecteur au cœur.

Cela m’a donc donné envie de lire « La route de Corlay » !

Disons tout de suite que la couverture de « Présence du Futur » est très moche !!!

Je suis toujours étonnée de voir l’importance accordée aujourd’hui aux couvertures ! Quand je regarde certaines couvertures plus anciennes, je me dis que fort heureusement, j’ai plus souvent acheté en lisant le résumé qu’au vue de la couverture !!!

Tout comme la nouvelle dont je viens de vous parler, l’écriture est riche, le livre très documenté, les personnages sont crédibles, et l’environnement particulièrement bien décrit, avec des allers-retours entre présent et futur. Ceux ou celles qui ne lisent que des livres écrits au présent et à la première personne – ce qui devient une exigence chez certain(e)s – peuvent passer leur chemin.

Nous sommes maintenant dans les débuts du troisième millénaire. Tom et la légende de l’Oiseau blanc ont donné naissance à une « Fraternité », un culte que l’Église et en particulier les pères gris, considèrent de plus en plus comme hérétique, et dont son bras armé, les « Faucons » et ses espions, les « corbeaux », traquent et tuent les membres.

Christopher Priest à son stand lors des Aventuriales de 2018.

« La route de Corlay » m’a évoqué un autre roman que j’aime beaucoup. Il s’agit de « Futur intérieur » (« A Dream of Wessex » – 1977) de Christopher Priest, auteur anglais prolifique et tout à fait charmant, que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors du salon « Les Aventuriales » à Ménétrol en septembre 2018 où il était invité. Dans le roman de Priest, des scientifiques pratiquent un transfert mental dans le futur, et se projettent dans un monde idéal situé en 2100.

Dans « La route de Corlay », d’autres scientifiques du 20e siècle tentent une expérience de privation sensorielle pour explorer la psyché humaine, au cours de laquelle ils « perdent » l’un d’entre eux, Michael Carver, un jeune homme de vingt-huit ans, qui sombre dans le coma.

Mille ans plus tard, Thomas, un autre jeune homme, membre de la fraternité de l’Oiseau blanc, a été chargé de transporter jusqu’au sanctuaire de Corlay en Bretagne le Testament de Morfedd. Les pères gris, les corbeaux et les Faucons de l’Église le pourchassent pour le tuer et s’en emparer. Thomas lutte pour sauver sa vie et rencontre une jeune fille nommée Jane, douée d’un étrange pouvoir de prémonition appelé le « huesch ».

Or, lors de son voyage d’exploration, l’esprit de Michael est entré en contact avec celui de Thomas. Cette projection a sauvé la vie de ce dernier, mais Michael est devenu en quelque sorte prisonnier de l’esprit de Thomas (d’où son coma prolongé). Seule Jane, grâce au « huesch », est capable d’entrer en contact avec lui en plongeant dans l’esprit de Thomas...

« La route de Corlay » peut se lire seul. Même s’il est préférable d’avoir lu la nouvelle auparavant pour mieux entrer dans l’univers de cette étrange Angleterre moyenâgeuse de l’avenir.

Si on souhaite poursuivre l’aventure de cette Fraternité, je rappelle que « La route de Corlay » est le premier tome d’une trilogie. Il est suivi par « La moisson de Corlay » (« A Dream of Kinship » – 1981) et par « Le testament de Corlay » (« A Tapestry of Time » – 1982), dont je vous donne ci-dessous les résumés de l'éditeur.

 

Bonne lecture !

 

Présentation de l’éditeur (Denoël, Présence du futur – 1982) pour « La moisson de Corlay » :

Pour étouffer le culte mystique qui s'est développé autour de « l'Oiseau blanc », l'Église officielle, accrochée aux derniers lambeaux d'un pouvoir qui s'effrite sur une Angleterre post-cataclysmique, retournée à un mode de vie médiéval, tente d'assassiner les disciples de Thomas, le joueur de pipeau. Mais celui-ci a eu un fils, et une correspondance mystérieuse s'est établie à travers le temps et l'espace par l'intermédiaire du « huesch », ce pouvoir qui n'est peut-être qu'un don de prémonition et de double vue, mais peut-être aussi autre chose. Ce volume, qui fait suite à « La route de Corlay », sera suivi d'un autre, dernier volet d'une trilogie aux résonances subtiles et magiques.

 

Présentation de l’éditeur (Denoël, Présence du futur – 1983) pour « Le testament de Corlay » :

Pour avoir usé de son pipeau magique afin de donner la mort, Thomas ne pourra ramener du royaume des ombres sa femme atteinte de la peste. Il ne pourra pas non plus ramener à la vraie vie une Fraternité qui a dévié de sa route. Mais huit siècles plus tard, au quatrième millénaire, quelqu'un retrouvera le pipeau et, dans un livre intitulé « Le Chant aux portes de l'aurore » dévoilera la vérité. Ainsi s'achève et recommence le Cycle de « L'Oiseau blanc », cette tapisserie lumineuse tissée avec les fils de l'espace et du temps.

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