Les noms des personnages de mes romans

« D’où vient ce nom ? Où as-tu trouvé ce nom ? Comment as-tu eu l’idée de ce nom ? »

On me pose souvent des questions de ce genre, en particulier un certain journaliste du journal Ouest-France qui m’interviewe parfois, et que je salue au passage s’il me lit…

C’est simple : chaque fois que je rencontre ou entends des noms qui me plaisent ou me semblent intéressants, je les note. Je me sers aussi des multiples listes que l’on trouve sur Internet que je parcours en repérant là aussi tous les noms qui m’interpellent. Puis, lorsque je commence à écrire, je procède comme pour choisir le prénom d'un enfant pendant une grossesse. Je pense à chaque personnage, je m’imprègne de sa personnalité et de son rôle, et je laisse venir le nom ou bien je parcours mes listes de noms jusqu'à trouver le nom qui lui va, celui qui vibre comme elle ou lui.

Je consacre bien sûr plus de soin au choix des noms des personnages importants ! Même chose pour les lieux, villes ou villages. D’où une grande variété d’origine et de consonance. Il y a certes (volontairement) une prédominance de noms plutôt germaniques ou scandinaves dans le royaume du Nord (Arild, Téodor, Dagmar, Beltig, Kirsten, Ludwig…) et une influence plus méditerranéenne du côté du royaume méridional du Vélène (Maria, Alya, Cléon, Emma, Palmina, Estéban…) mais ce n’est pas systématique.

Je reporte ensuite tous ces noms dans des carnets répertoires pour éviter de donner deux fois le même ! Cela a failli m’arriver pour deux personnages que j’avais tous deux appelés Kovar et qui intervenaient dans des écrits différents. Chose amusante, ils étaient tous deux très antipathiques, méchants et misogynes ! Grâce à mes répertoires, je m’en suis aperçue à temps pour modifier un des noms !

Vous avez peut-être remarqué que les Énoriens ne portent qu’un seul nom ?

Cela s’explique de manière simple et logique. La population énorienne est très peu nombreuse, il n’est donc pas nécessaire d’avoir plusieurs noms pour différencier les personnes. Il en était de même autrefois chez nous. Ce n’est qu’au Moyen Âge, au XIe siècle, et parce que la population augmentait et se déplaçait plus, que l’anthroponymie double, avec prénom et nom de famille s’est développé pour éviter les confusions. Le nom de famille, qui découlait souvent d’un surnom, du lieu d’origine ou du métier de la personne s’est transmis alors à toute la descendance. Dans les pays scandinaves, le deuxième nom était celui du père terminé par « son » pour les garçons et « dóttir » pour les filles. Habitude qui persiste encore en Islande.

Les Énoriens peu nombreux n’ont besoin que d’un seul nom. On évite en général de donner à un enfant le prénom de son père (Fëndir, fils du Fëndir, qu’Anna rencontre dans « Une histoire de famille » (une des « Nouvelles d'Énora ») est une exception, due à l’affection que Jasmine-la-sublime portait à son amant). Par contre les impériaux portent deux noms : Lorentz Erling, Maroya Azénora, Gazeg Adara…. Et sur Planète Centrale les enfants d’Erwan et Adriana devront adopter un deuxième nom qui sera Erwaness, choisi d’après le nom de leur père.

 

Alaric :

Le préféré de ces dames ? Par sûr ! Une de mes lectrice a déclaré : « Moi, Alaric ne m’intéresse pas, il n’y a que Anna qui compte ». Mais je crois que c’est un cas isolé ! Et je connais beaucoup de lecteurs, pas seulement de lectrices, qui sont fans du beau prince paristanais. Au point que j’ai entendu : « As-tu écrit la suite de l’histoire d’Alaric ? » aussi souvent que « Quand publies-tu la suite de l’histoire d’Anna ? ». Ils se partagent donc la vedette et j'en suis ravie.

À l’origine (c'est-à-dire quand j’ai commencé à écrire le « Cycle d’Énora »), il s’appelait Éric. J’avoue sans complexes la filiation avec une série de romans de Serge Dalens dont le héros était le prince Éric. Ces histoires sur le scoutisme ayant bercé mon enfance, quand j’ai pensé à un prince le prénom d’Éric s’est d’abord imposé à moi. Mais je trouvais le nom trop « classique », je voulais le rendre plus « exotique ». Je l’ai modifié en Alric. C’était mieux, mais il y avait déjà Elric le nécromancien de Michael Moorcok. Donc j’ai préféré Alaric !

Plus tard, j'ai regardé sur Internet et j'ai vu que ce prénom existait, était d'origine germanique, avait été porté par des princes et des rois et signifiait « le très puissant ». J’ai d’ailleurs été très étonnée en lisant la signification de ce prénom de voir combien il correspondait bien au caractère de mon personnage ! Vous pouvez vous amuser à aller lire sur Internet toute la description des Alaric si vous pensez à donner ce prénom à votre enfant ! En résumé : c’est un homme viril, fort, élégant, avec un certain magnétisme, perfectionniste et courageux, capable d’assumer des responsabilités et qui sait prendre des initiatives. Il rêve de partage et de tendresse, a le sens de la famille et sait être un père affectueux. Ce qui ne l’empêche pas de ressentir facilement de la jalousie !

Très récemment, alors que mon conjoint faisait des recherches sur les Cathares et les Albigeois, il a découvert qu’il existait (dans le sud-ouest de la France du côté de Carcassonne) une montagne d’Alaric qui devait son nom à un roi des wisigoths et qu’au pied de cette montagne s’étendait le vignoble du mont Alaric (un vin des Corbières décliné en rouge, rosé et blanc). Dommage qu’il n’y ait pas de vignes sur la planète Énora !!! Les boissons alcooliques y sont faites à base de grains, plantes, fruit, miel ou de sève d’arbre que les énoriens font fermenter pour obtenir l’équivalent de nos cidres, bières, hydromels, vins ou alcools.

Mais à la suite de cette découverte et de la dégustation de ce vin que je me suis empressée de commander, j’ai rajouté un passage dans une des « Histoires d’Énora » : « Les vertes prairies de Bahrène » dans lequel Erwan explique à son épouse Adriana : « Leurs vins sont très différents de nos vins énoriens à base de sève de népa ou de jus de calve. Plus aromatiques, plus fruités, plus boisés… Je me suis renseigné : la vigne est un arbrisseau grimpant qui aime les sols secs et qui produit des grappes. Ce sont ses fruits écrasés qu’ils font fermenter. Je pense de plus en plus sérieusement à proposer au conseil suprême d’acclimater chez nous des pieds de cette plante. La vigne pourrait pousser dans le sud d’Énora, ou peut-être sur le continent lanthanien où les températures sont plus chaudes. Et j’ai étudié leurs techniques de fabrication. Faire un vin aussi bon que celui-ci ne serait pas plus difficile que de faire du vin de calve ! J’en parlerai à Alaric ! Je pense réussir à le convaincre. »

Anna :

Anna est le diminutif de Johanna, et c’est ainsi que tous ses amis l’appellent sauf Liam, le fidèle lieutenant Liam, qui dit toujours « mère Johanna ». Ils se sont rencontrés à Farstaff, alors que Liam n’était que sergent dans la garnison frontalière, ils ont très vite combattu ensemble les malfrats commandés par Golmornac qui faisaient régner la terreur dans le Garégan, et elle l’a alors soigné d’une légère blessure. Liam voue à Anna une admiration sans bornes et une adoration aussi platonique qu’indéfectible. Il se ferait couper en morceaux pour elle, et elle est bien consciente qu’il est amoureux d’elle. Pressentant qu’il aurait refusé, elle ne lui a jamais proposé de l’appeler Anna. Et puis il a toujours une manière tellement affectueuse de prononcer « mère Johanna » !

Contrairement à Alaric, Anna s’est appelée ainsi dès le début de l’élaboration du cycle et ce nom est très vite devenu le diminutif de Johanna, qui sonnait plus comme un nom de faée. L’emploi des diminutifs est relativement courant dans l’ordre de Radek (Gertrude par exemple avait comme diminutif Geurtrie quand elle était jeune).

« Anna » évoque pour moi la déesse-mère celte Anna ou Ana ou Dana, la mère des dieux, qui a donné son nom à la grande tribu de la mythologie celte des Tuatha Dé Danann (« la tribu de Dana » du groupe de hip-hop Manau). Elle correspond à la déesse grecque Gaïa. Donatrice, bienfaitrice, elle apporte la fertilité et la prospérité. J’aime beaucoup la mythologie celtique et je suis assez fascinée par les déesses mères de toutes les époques (j'ai même une petite collection de reproductions de Vénus préhistoriques). Voilà qui explique sans doute le choix de ce prénom…

Après la christianisation, Anna est devenue Sainte-Anne, mère de Marie et patronne des bretons.

Le prénom Johanna dérive lui du terme hébreu Yehohanan signifiant « Dieu a fait grâce ». Si vous souhaitez donner ce prénom à votre enfant sachez que les Johanna sont en général volontaires et courageuses, déterminée, autonomes et très attachées à leur indépendance. Elles n'apprécient guère l'autorité, sont curieuses, opiniâtres, joyeuses, ont confiance en elles et ne renoncent jamais à leurs rêves. Mais derrière cette façade se cache toutefois une personne sensible pouvant par moment se laisser dépasser par ses émotions. Hum ! Cela me semble bien être tout le portrait de mon héroïne !

Johanna est aussi une des formes de Jehanne, donc Jeanne, et j'ai réalisé après coup que c'était le prénom de ma mère et de ma grand-mère maternelle…

 

Maria :

La petite princesse du Vélène, reine du Paristan et impératrice d’Énora est bien plus forte qu’il n’y parait au premier abord ! Sans doute ne pouvait-elle porter que ce nom-là ! En tout cas il s’est imposé.

Mahédine

Le roi du Paristan, bourreau des cœurs et coureur de jupon, est une des hommes les plus séduisants des cinq royaumes (en tout cas, il en a la réputation, même si Anna n’est pas d’accord). Quand j’ai créé ce personnage, je lui voyais le physique du personnage de la série de télévision Falco, l’acteur Sagamore Stévenin. Mais je ne pouvais l’appeler Sagamore ! Cela aurait été trop transparent. J’ai quand même gardé ce nom que je trouvais intéressant et je l’ai donné, modifié en Sargamore, au chancelier et chef de la justice royale du royaume du Paristan. En jouant avec les sonorités et en les modifiant, je suis passé de Sagamore à Mahédine… qui est également le prénom d’un joueur de foot d’Alès...

 

Mais libre à vous d’imaginer Mahédine à votre manière !

Steffen :

Le roi du Vélène, fils de Tahissia-la-renégate et père de Maria, doit son nom à un personnage de Pauline Réage dans le roman « Histoire d’Ô »… Personnage avec lequel il n’a aucun point commun ! Mais j’avais aimé la sonorité de « sir Steffen » et cela m’a amusé donner ce nom, devenu quand Anna s’adresse à lui « sire Steffen », alors qu’il est l’opposé du personnage de Réage. Le roi Steffen est un homme bon, droit, tendre avec ses filles, respectueux de leur liberté et il a hérité de sa mère faée une grande perspicacité et une capacité hors norme à sonder les cœurs.

 

Énora :

Énora est à la fois le nom de la planète et du seul continent connu et habité au début du cycle. J’aimais les sonorités de ce mot, sans penser qu’il existait. Ce sont des lecteurs qui m’ont appris qu’il s’agissait d’un prénom et que les Énora étaient fêtées le 14 octobre. Sainte Énora était une princesse galloise du VIIe siècle ayant vécu en Bretagne où elle est la sainte des nourrices et où ce prénom est courant. Par la suite j’ai fait le rapprochement avec le nom du bébé dans le film américain de fantasy « Willow », réalisé par Ron Howard et co-écrit par Georges Lucas, que j’ai vu à la fin des années quatre-vingt (il est sorti en 1988). Mais le bébé en question s’appelait Élora et non pas Énora.

 

Chacun peut aussi trouver ses propres correspondances dans les noms…

Un ami m’a fait remarquer le lien entre le nom « Arcania », la cité perdue des ancêtres cachée dans le nord du continent et objet de la quête d’Alaric et Anna, avec le mot Arcane. J’aime ce rapprochement : un arcane (le mot est bien masculin et on l’emploie d’ailleurs souvent plutôt au pluriel) est une opération mystérieuse, hermétique, cachée comme en réalisaient les alchimistes, c’est un mystère, un secret… comme Arcania, qu’Alaric, Anna et leurs amis ne pourront découvrir qu’après de longues années d’étude et de préparation ! La quête du passé de la planète Énora prend des allures de quête alchimique…

Puisque je vous parlais tout à l’heure de la manière dont j’imaginais Mahédine, je vais vous avouer que quand j’ai écrit « Au temps des seigneurs-guerriers », j’ai imaginé Ludérick, l’un des lieutenants de Casparo, avec le physique de l’acteur d’origine danoise Nicolaj Coster-Waldau, qui joue Jaime Lannister dans la série télévisée Game of Thrones.

Et je voyais Dalibor, l'autre lieutenant du seigneur-guerrier Casparo, et lui aussi amant de Kériane, avec le physique d’Alain Delon jeune dans la publicité pour Eau sauvage ! Autant se faire plaisir quand on imagine !

Mais là encore, laissez libre court à votre propre imagination !

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