La langue énorienne et son évolution

Énora est une planète lointaine. La faune, la flore, la nourriture y sont donc différents de ce qu’elles sont chez nous et portent des noms différents. Ne vous attendez donc pas à y rencontrer des lions, des vaches, des haricots verts et des pâquerettes !

Par contre vous y rencontrerez des « argals » dont les mâles ont des cornes enroulées, dont les femelles donnent un lait permettant de fabriquer de délicieux fromages et dont la laine, filée ou foulée sert à faire de chauds vêtements. Vous y croiserez des « crounins » qui sont des petits rongeurs à longues oreilles creusant leurs terriers dans les haies, que l’on mange rôtis ou en ragout et dont on utilise aussi la peau. Vous verrez voler des « carves », oiseaux au plumage noir et au cri strident. Et vous entendrez parler de bien d’autres animaux qui pour certains vous rappelleront ceux de notre planète ou pour d'autres vous sembleront complètement étranges.

Peut-être un jour retrouvera-t-on un exemplaire de l’ouvrage de la mère faée Naminata qui fait autorité en la matière : « Faune et flore du continent énorien » ? Si cela arrive je vous promets d’en faire éditer les pages les plus intéressantes !

Mais aujourd’hui je veux surtout vous parler de l’évolution du langage énorien, suite à une question qui m’a été posée par un lecteur.

Si vous avez lu « Quatre années sur Énora » qui commence en 511 de l’ère des cinq royaumes et « Au temps des seigneurs-guerriers » qui se déroule environ cinq-cent-soixante ans auparavant, à une époque où les chefs de guerre mettent le continent à feu et à sang pour se constituer des seigneuries, vous avez peut-être constaté des différences dans certains mots employés.

Cela peut sembler troublant. Mais en cinq-cents ans une langue change énormément. Dans « Quatre années sur Énora », Maitre Volesvre, le vieil archiviste de l’Halstrom l’explique d’ailleurs à la faée Anna, quand elle s’étonne d’avoir beaucoup de difficultés à lire un très ancien document découvert dans les archives du château :

— Du royaume du Nord jusqu’au Vélène nous parlons tous la même langue, mais elle a évolué au fil des siècles, lui explique-t-il, et la manière de former les lettres aussi. C’est pour cela que tu n’y comprends rien. Beaucoup de mots ne sont plus utilisés de nos jours, d’autres ont changé, et l’écriture s’est énormément modifiée. Ce serait bien pire avec des livres plus vieux.

Il en est de même chez nous.

Le plus ancien texte écrit en langue romane en notre possession est « Le serment de Strasbourg » prononcé par Louis le Germanique le 14 février 842 (il s’allie alors avec son frère Charles le Chauve contre leur ainé Lothaire 1er). L’avantage que présente ce texte est qu’il a été recopié ou plutôt transcrit au fil de temps, ce qui permet d’observer l’évolution de notre langue.

Un coup d’œil à l'extrait de ce serment à droite vous donnera déjà une idée de la difficulté que l'on éprouve à lire un texte ancien !!!

Je ne vous imposerai pas le serment dans sa totalité, le début suffira à ma démonstration.

En 842, Louis commence son serment par « Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament ». C’est de la langue romane encore très proche du latin vulgaire.

Transcrit au XIe siècle cela donne : « Por Dieu amor et por del chrestien poeple et nostre comun salvement ». C’est ce qu’on appelle l’ancien français.

Au XVe siècle on écrit en moyen français : « Pour l’amour Dieu et pour le sauvement du chrestien peuple et le nostre commun ».

Et aujourd’hui : « Pour l'amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre salut commun ».

Autre exemple : on disait autrefois « conin » ou « conil » à la place de lapin et un renard était appelé un « goupil », mot dérivé du latin « vulpes ». Vous voyez que chez nous aussi certains mots ont changé !

Il faudrait ajouter, comme le signale maitre Volesvre à Anna, que la manière de former les lettres a évolué aussi au fil du temps. Ceux qui ont eu l’occasion de compulser d’anciens registres d’état civil pour des recherches généalogiques en savent quelque chose ! L’étude des anciennes écritures est d’ailleurs une science à part entière appelée la paléographie.

Pour comparer avec notre monde occidental, regardez le tableau à droite. Il vous montre, pour quelques lettres de notre alphabet, l'évolution de la manière de former les lettres. La première colonne est notre écriture actuelle, le seconde celle du XVIe siècle, la troisième celle du XVIIe siècle, la quatrième du XVIIIe et la dernière est l'écriture du XIXe siècle.

Pour que vous vous rendiez compte des difficultés qu'Anna et Alaric peuvent rencontrer en essayant de déchiffrer des textes en ancien énorien, regardez à gauche un texte datant du milieu du XVIe siècle... Je crois que cela se passe d'explications !

Pour en revenir à la planète Énora, il ne faut donc pas vous étonner de rencontrer dans les romans se déroulant à cinq ou six-cents ans d’écart des mots différents. J’ai souhaité tenir compte de cette évolution, qui joue un rôle important dans les recherches sur le passé de la planète qu’Anna et Alaric font dans les archives.

La plupart du temps, sur Énora comme chez nous, les mots ont eu tendance à se raccourcir au fil du temps. C’est ainsi que le « kram », qui est une mesure de distance sur Énora, s’appelait autrefois le « krami ». Que le « vark », cette infusion que les faées utilisent en cas de besoin pour empêcher le sommeil, portait autrefois le nom de « varkilazon », que les « crounins » étaient des « panicrounnes » et les « argals » des « argalons » tandis qu’on nommait le bâtiment où on les rentrait une « argalonnerie » et non pas une « argalerie » comme ce sera le cas plus tard. Il y a d’autres exemples : « ocapodons » est l’ancien nom des « ocaps », ces montures de couleur crème avec des bandes marron foncé sur l’arrière train et de grandes oreilles duveteuse que les Énoriens aiment utiliser malgré leur nervosité et leur caractère peureux.

 

Cela ne change rien à la lecture mais, si au détour d’une page vous vous étonnez de lire « ocapodon » et non pas « ocap » vous en connaitrez la raison !

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