La fille aux cheveux d'or de Robert Franklin Young

Je classe « La fille aux cheveux d’or » de Robert F. Young parmi les plus beaux textes qu’il m’ait été donné de lire. Et je ne suis pas la seule puisque, en 2006, lors d’un sondage organisé par une revue japonaise, il a été déclaré la huitième meilleure nouvelle étrangère de tous les temps !

Dès le premier paragraphe, tout est dit : « La jeune fille sur la colline rappelait à Marck le poème d’Edna St. Vincent Millay. Peut-être était-ce à cause de la manière dont elle se tenait là, dans le soleil de l’après-midi, avec sa chevelure dorée comme une fleur de pissenlit qui dansait au gré du vent ; peut-être aussi à cause de la manière dont sa robe blanche à l’ancienne tourbillonnait autour des ses jambes longues et fines. En tout cas, il avait décidemment l’impression qu’elle était venue du passé pour entrer dans le présent ; et c’était bizarre parce que, comme la suite le montra, ce n’était pas du passé qu’elle était venue, mais du futur. »

Tout est dit, et tout est là : la poésie, la délicatesse, l’émotion, l’attirance aussi qu’un homme peut ressentir pour une très belle jeune fille et une ambiance un peu nostalgique et surannée, exquise comme un après-midi du début de l’automne. La robe que porte la fille évoque « un mélange de barbe à papa, d’écume de mer et de flocons de neige ». Je trouve cette description sublime ! On rêverait de porter une telle robe !! Comment Marck, malgré la différence d’âge (« j’ai quarante-quatre ans, s’étonna-t-il, elle en a à peine plus de vingt »), et malgré l’amour qu’il porte à son épouse Anne, ne tomberait-il pas amoureux de Julie ?

 

J’ai lu cette nouvelle un jour où, hospitalisée pour un examen banal, j’avais un après-midi complet à passer dans une chambre d’hôpital. J’avais emporté ma liseuse et quelques revues dont le numéro huit de Gandahar consacré à Robert F. Young. J’ai trouvé la rencontre entre Mark et la fille aux cheveux d'or tellement poignante, qu'elle m'a émue aux larmes. Je suis ensuite restée longtemps sur un petit nuage, les émotions vibrant encore autour de moi comme un reste de parfum ou des notes de musique virtuelles. Et après avoir lu cette nouvelle, je me suis sentie encore plus amoureuse !

 

Le titre original de cette nouvelle est « The Dandelion girl ». La première fois que j’ai lu ce terme, « Dandelion » a évoqué pour moi la crinière d’un lion. Et puis, j’ai découvert que cela signifiait « pissenlit » (« dent de lion » est l’autre nom du pissenlit) car « sa chevelure dorée comme une fleur de pissenlit [...] dansait au gré du vent ». La traduction par « La fille aux cheveux d’or » est très heureuse : autant « Dandelion girl » sonne bien, autant « La fille pissenlit » aurait manqué de charme !

 

Robert Franklin Young est né en 1915 dans l’état de New-York. Il est hélas peu connu du public français (et d’ailleurs également peu connu du public américain) et toutes ses œuvres n’ont pas encore été traduites en français. « The Dandelion girl » a été éditée aux États-Unis pour la première fois en avril 1961, mais n'a été publiée en France qu'en 2008 dans la revue Lunatique. Fritz Leiber, dans l’introduction qu’il a rédigée pour le numéro spécial de Gandahar sur cet écrivain, le classe parmi les « auteurs d’histoires d’amour romantique ». L’amour romantique joue selon moi un rôle essentiel dans la Fantasy et la Science Fiction. Je trouve que les romans de SFF incluant l’amour romantique nous touchent beaucoup plus profondément qui ceux qui l’ignorent. Et je vais vous dire un secret, sans spolier le dénouement de « La fille aux cheveux d’or », chez Young, les histoires d’amour finissent toujours bien !

 

 

À lire dans Gandahar n°8 consacré à ce grand auteur de l'imaginaire. À commander directement sur le site de la revue :

https://www.gandahar.net/…/gandahar-n-8-robert-f-young-la-…/

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