Les moissonneurs stellaires
de Khalysta Farall

Couvertures des trois tomes de la trilogieLes moissonneurs stellaires de Khalista Farall
Couverture du numéro 1 de la revue L'Indé Panda (des bambous)

C’est grâce à la revue numérique L’Indé Panda que j’ai découvert Khalysta Farall. Six de ses nouvelles ont déjà été sélectionnées par leur comité de lecture (sur onze numéros, c’est un beau résultat !), mais c’est le texte paru dans le numéro 1 et dont le titre est « Le monolithe » qui m’a interpelée et m’a donné envie de lire l’ouvrage de science-fiction qu’elle présentait à sa suite : « Six », le premier tome de sa trilogie « Les moissonneurs stellaires ».

À la lecture j’ai été séduite par la richesse inventive de Khalysta Farall et la grande cohérence de toute la trilogie.

Dès le premier chapitre de « Six » on est emporté dans l’aventure aux côté de Cowl, le héros, pilote un peu fantasque et casse-cou. Cowl est un des éclaireurs d’une Flotte spatiale en perpétuel déplacement dans l’espace depuis la destruction de la Terre par des aliens trois-cents ans auparavant. Son rôle est de sonder les astéroïdes ou les planètes rencontrées au fur et à mesure de leur découverte pour que les récupérateurs s’emparent des matières premières repérées. Il est aidé par un ordinateur de bord, une Intelligence Artificielle quelque peu têtue et procédurière nommé Trixy.

Leur arrivée sur la planète M432-B729 est superbement décrite ainsi que l’ambivalence de Cowl, à la fois assez téméraire et aventurier pour obliger Trixy à s’y poser et en même temps très désorienté par cette planète qui lui semble d’autant plus étrange qu’il n’a jamais quitté la Flotte et donc jamais mis les pieds sur une planète ! C’est alors qu’il rencontre Six, une humaine échouée sur cette planète, qui parle de la Terre comme si elle existait toujours et qui révèle y être née en 2154, soit plus de trois-cents ans plus tôt.

Couverture du roman Six : une planète

Dans ce roman (et dans les deux autres tomes de la trilogie : « Mirage » et « Protocole zéro ») on trouve des aventures, des émotions, de l’amour, des descriptions (cela mérite d’être souligné !), de l’humour, des variations de rythme, du mystère, suffisamment de complexité sans que l’on se perde pour autant, pas de manichéisme, et une vraie réflexion sous jacente ! Que demander de plus à un roman de SF ?

Les questions abordées sont nombreuses. Citons en particulier le rôle des intelligences artificielles, leurs relations avec les humains, l’inutilité d’un travail répétitif qu’un robot pourrait accomplir. Mais aussi l’opposition entre nomadisme et sédentarité transposée dans l’espace : faut-il s’installer sur une planète au risque de la perdre un jour ou fuir en avant à travers l’espace ?

Le thème de la différence est continuellement présent mais là encore jamais à travers des explications philosophiques. Ce sont les aventures racontées qui suscitent la réflexion en même temps que l’on se régale ! C’est tout l’attrait de la SF qui permet d’explorer différentes sociétés et solutions, et l’auteure ne s’en prive pas, pour notre plus grand plaisir.

 

1 – La Grande Flotte :

Après la destruction de la Terre par des aliens, une partie de l’humanité a fui sur une Flotte dirigée par Alan S. et ère dans l’espace depuis plus de trois-cents ans. Le principe de cette Grande Flotte est de toujours aller de l’avant « sans chercher à s’approprier ce que d’autres voudront voler » et en se procurant sur les planètes rencontrées les matières premières nécessaires à la survie. C’est le travail des récupérateurs. Des bâtiments usines les transforment et des ateliers d’assemblages fabriquent tout ce dont la Flotte a besoin. Les taches sont répétitives et simples, la famille n’existe plus, les initiatives personnelles non plus. Cette société est très structurée, chaque corps de métier est bien différencié avec son uniforme et ses privilèges.

 

2 – Les Pirates :

Il s’agit d’un autre groupe ayant fait sécession quelques trois siècles auparavant. Regroupés dans une flotte de petits vaisseaux variés autour d’un vaisseau central, ils vivent de rapines aux crochets de la Grande Flotte à laquelle ils volent navettes, nourriture et matières premières. Chez les pirates règne la disparité : tatouages, piercings, cicatrices, cheveux longs et de différentes couleurs, vêtements variés, plaques corporelles, saleté… Dans la flotte pirate chacun est libre de faire ce qu’il veut du moment qu’il gagne de quoi manger.

La Flotte décrit les pirates comme des brutes sanguinaires et des assassins sans morale. Les pirates traitent ceux de la Flotte d’automates, de pantins sans cervelle, de nek…

 

3 – Les « anciens terriens » et leurs « Écho » :

Ce sont des soldats humains (à l’origine ils sont sept formant l’équipe fantôme) originaires de la Terre avant sa destruction. Ils sont chargés d’une mission : détruire le vaisseau-mère des envahisseurs aliens. Chacun d’eux est accompagné d’un droïde, ou Écho (équipement de combat humanoïde optimisé). Mais ces soldats ont été trahis, vendus aux aliens, placés par ces derniers dans des caissons d’hibernation où ils ont passé trois-cents ans. Ils ont donc des réactions, des réflexes, des points de vue très différents des membres des deux flottes.

 

4 – Les aliens :

Sortes de méduses gélatineuses et transparentes dotées de tentacules, les aliens ont un fonctionnement organique plutôt que mécanique ou informatique (par exemple ils font pousser et cultivent leurs vaisseaux au lieu de les fabriquer) et semblent au départ des ennemis répugnants. Mais la force du récit de Khalysta Farall est de ne pas tomber dans un manichéisme primaire. Les aliens sont une forme de vie différente, complexe, mais capable de communiquer avec certains des humains infectés par eux. La discussion entre Six et la Mère des aliens à la fin du tome 1 est une extraordinaire leçon. Comme le signale cette dernière, les aliens pillent l’espace et détruisent les espèces les empêchant de se développer mais l’espèce humaine se comporte exactement de la même manière !

Les deux autre tomes de la trilogie sont tout aussi passionnants et de la même veine. L’action, les aventures, l’humour, les émotions, sont toujours au rendez-vous et la réflexion sous jacente sur la différence se poursuit et s’intensifie.

Dans « Mirage » qui débute un an après « Six » la colonisation de la planète découverte par Cowl a commencé avec tous les problèmes que cela implique. Une majorité de la Grande Flotte a repris son errance accompagnée par les vaisseaux d’une toute petite partie de la flotte pirate. Un autre groupe de vaisseaux est resté en orbite et forme la géo-flotte car certains hésitent encore à quitter l’espace. Et parmi ceux qui ont choisi de s’installer sur la planète (désormais baptisée Six), les différences culturelles et les tensions persistent. La colonie comprend un camp très désorganisé où vivent les anciens pirates, un deuxième camp très structuré où se retrouvent les anciens de la Grande Flotte, et entre les deux une zone tampon qui accueille les arrivants. À cela s’ajoutent des stations scientifiques éparpillées sur la planète.

Couverture de Mirage (deux planètes)

Différence entre les membres de la Flotte et les pirates, entre ceux qui veulent s’établir sur une planète et ceux qui préfèrent vivre dans l’espace, entre les humains et les envahisseurs aliens… Bientôt le panel des différences s’étoffe encore avec l’apparition des répliquants aliens, clones des humains de l’équipe fantôme. Ces répliques sont des hybrides, ni totalement humaines ni totalement aliens.

Couverture de Protocole zéro (une planète ceinturée de champs électriques)

Dans « Protocole zéro » le troisième tome, l’analyse des relations entre les humains et les aliens se poursuit, mais la réflexion s’approfondit également sur les relations entre les humains et les intelligences artificielles. Cowl, qui est un très bon informaticien mais aussi un « apprenti sorcier », a trafiqué sa Trixy pour contourner certains interdits, puis il l’a intégrée à son Écho et cela ne sera pas sans graves conséquences…

D’où de multiples péripéties qui nous font toucher du doigt le danger que peuvent représenter les intelligences artificielles. Nous voyons des droïdes manifester de l’empathie, se poser des questions, réfléchir, évoluer et même être tentés par l’indépendance et pourquoi pas par la prise de pouvoir et l’élimination de l’humanité…

« Protocole zéro » peut s’avérer plus difficile à suivre pour certain(e)s que les deux tomes précédents des « Moissonneurs stellaires » : les personnages importants se multiplient que ce soient des humains (membres de l’équipe fantôme, anciens pirates, anciens membre de la Grande Flotte, scientifiques installés dans différentes bases sur la planète), des Intelligences Artificielles ou des répliquants à moitié aliens. De plus l’intrigue s’accélère et se complique car les héros se retrouvent à devoir gérer plusieurs problèmes graves en même temps. Certain(e)s lecteurs et lectrices m’ont déjà confié avoir du mal à s’y retrouver dans ces cas-là. Une bonne solution est de se faire une petite fiche pour noter qui est qui ou quoi ! Cela vous permettra de profiter de toute la richesse de ce tome 3 !

Notons que sur le sujet des IA la position de Khalysta Farall est claire et exprimée dès le tome 1 : les robots sont des machines, et cela est manifesté dans l’écriture par le fait qu’ils « n’ont pas de ligne de dialogue classique comme l’aurait n’importe quel être organique ». Quant aux relations humains-aliens je préfère ne rien en dire pour vous laisser le plaisir de découvrir vous même dans quelle direction Khalysta Farall nous entraine !

 

Je ne peux que conseiller la lecture de cette trilogie à ceux qui aiment une science-fiction dans laquelle l’action s’accompagne d’une certaine réflexion.

Dernière petite remarque au sujet de « Protocole zéro ». Vous vous interrogerez peut-être au sujet du code d’erreur 418 utilisé par Bob, présenté par lui comme « un petit tour de passepasse impliquant une théière » et considéré par Yuri comme une bonne plaisanterie en rapport avec l’informatique de la fin du XXe siècle. Sur internet vous avez surement déjà rencontré des codes d’erreur du protocole http. Le plus fréquent est le code 404 « Not found » qui vous indique que la page que vous recherchez n’a pas pu être trouvée.

Le code d’erreur 418 « I’m a teapot » ou « Je suis une théière » a été mis en place en 1998 comme blague de 1er avril mais il a été conservé depuis. « 418 I’m a teapot. The requested entity body is short and stout. Tip me over and pour me out. » peut se traduire par « Je suis une théière. Vous vous adressez à une entité petite et grosse. Penchez-moi et videz-moi ». Cela signifie que vous êtes en train d’essayer de dialoguer avec une théière à laquelle vous demandez de préparer du café ou en d’autres termes que vous ne vous adressez pas au bon endroit.

Page google de l'erreur 418

Si vous tapez dans votre navigateur https://www.google.com/teapot (le lien que Khalysta Farall donne en note) vous trouverez ce code d’erreur, et en cliquant sur la théière vous pourrez lui faire verser le thé !

Deuxième page google de l'erreur 418