J’écris et j’édite en nouvelle orthographe et tout va bien

Certain(e)s d’entre vous se sont étonné(e)s de trouver dans mes romans sagefemme, bienaimé ou bienêtre écrits en un seul mot, brulure, ragout ou bucheron sans accent circonflexe, charriot avec deux r ou révolver avec un accent. Et certain(e)s m’ont interrogée à ce sujet.

La réponse est simple : j’écris en nouvelle orthographe que ce soient mes romans, les articles de ce site, mes mails ou autre. Cela passe quasiment inaperçu pour la plupart des personnes.

 

Rappelons tout d’abord que les dernières rectifications de l’orthographe demandées par l’Académie Française datent de 1990 (ce n’est donc pas une réforme récente).

Par ailleurs à partir de cette date la nouvelle orthographe n’est pas imposée mais recommandée et ce n’est qu’en 2008 qu’elle est officiellement devenue la référence. Les dictionnaires en ligne et les correcteurs d’orthographe proposent les deux graphies (il est d’ailleurs possible de paramétrer le correcteur de Word en choisissant : orthographe traditionnelle et rectifiée, orthographe traditionnelle ou orthographe rectifiée (ce que j’ai fait).

Enfin, et là encore contrairement à ce qui a été parfois écrit, cette réforme est limitée : deux-mille mots seulement sont touchés et les rectifications sont mineures.

Pourquoi écrire et éditer en orthographe rectifiée puisque ce n’est pas obligatoire ? Parce que je pense que c’est le rôle des enseignant(e)s, des auteur(e)s, des éditeurs ou éditrices et j’ajouterai des correcteurs et correctrices de le faire pour que ces modifications entrent petit à petit dans les habitudes, en particulier pour les jeunes générations.

 

Je voudrais aussi rappeler ici qu’au fil des siècles la langue et l’orthographe françaises ont énormément évolué. J’ai déjà abordé cette question au sujet de l’évolution de la langue énorienne. Dans « Le Cycle d’Énora », Anna et Alaric s’efforcent en effet de déchiffrer des textes vieux de plusieurs siècles. Vous pouvez vous reporter à mon article en cliquant sur le lien suivant : La langue énorienne et son évolution. J’y donne l’exemple du serment de Strasbourg écrit en vieux français du XIe siècle.

Voici un autre exemple plus récent avec un extrait d’une fable de La Fontaine au XVIIe siècle :

La Cigale ayant chanté

Tout l’Esté

Se trouva fort dépourveuë

Quand La Bize fut venuë

Pourquoi n’écrivons-nous plus ainsi ? Tout simplement parce que la langue française a aussi connu au fil du temps, et heureusement pour nous, plusieurs réformes. Une à deux fois par siècle l’Académie Française, créée par Richelieu en 1635, a proposé des modifications (comme elle l’a fait en 1990) visant à dépoussiérer notre orthographe. Résultat : nous n’écrivons plus comme La Fontaine, Ronsard ou même Victor Hugo.

En 1740, la 3e édition du Dictionnaire de l'Académie Française change un tiers de l'orthographe des mots et fixe les accents. Par exemple : throne, bastard, escrire, fiebvre, chrestien ou advocat deviennent respectivement trône, bâtard, écrire, fièvre, chrétien et avocat. De même certains y disparaissent : toy, roy, joye deviennent toi, roi et joie.

En 1835 la grande réforme de l’orthographe effectue le passage du « françois au français » en remplaçant la graphie oi par ai pour qu’elle devienne conforme à la prononciation. Elle a aussi modifié le pluriel de mots en nt qui se faisait auparavant en ns et devient plus logiquement nts après 1835 (auparavant on écrivait : un enfant, des enfans). Exemple : Je connois le françois de mes parens et l’apprends à mes enfans devient Je connais le français de mes parents et l’apprends à mes enfants.

La réforme de 1878 remplace dans de nombreux cas le tréma sur le e par un accent. Exemples : poëte et poësie deviennent poète et poésie. Et les groupes de lettres chth ou phth sont simplifiées : aphthe et diphthongue deviennent aphte et diphtongue.

● La dernière réforme avant celle de 1990 date de 1935. Elle a essentiellement supprimé des tolérances et doubles graphies introduites en 1878, supprimé la possibilité d’écrire alonger, aggrégation, assujétir, manîment et remercîment et imposé une seule graphie pour ces mots : allonger, agrégation, assujettir, maniement et remerciement.

 

Venons-en maintenant à la réforme de 1990 dont je vous propose de faire un petit tout d’horizon. Les rectifications proposées par l’Académie Française ont pour but la suppression de certaines anomalies ou incohérences et une plus grande harmonie. Il ne s’agit nullement d’une simplification ou d’un nivèlement par le bas comme cela a été parfois écrit.

Quelques exemples :

● On écrivait avant 1990 charrette avec deux r mais chariot avec un seul. De même on écrivait souffler avec deux f mais boursoufler avec un seul f. Les recommandations de 1990 proposent charriot et boursouffler. Même chose pour combattif (deux t) et combativité (un seul t) qui logiquement devient combattivité.

● On écrivait événement, réglementaire, je réglerai et il céderait alors que l’on prononce ces mots avec un è (accent grave). Il est donc logique et plus harmonieux d’écrire : évènement, règlementaire, je règlerai et il cèderait. Et la plupart des lecteurs et lectrices ne s’en aperçoivent même pas !

● L’orthographe des nombres et surtout des numéraux composés était très compliquée avant 1990. Les recommandations sont de les relier systématiquement par des traits d’union et de mettre un pluriel quand il y a multiplication (sauf mille qui reste invariable). Exemples : vingt-et-un, deux-cents, mille-trois-cent-cinquante-cinq ce qui est beaucoup plus logique, simple et élégant.

● Avec la réforme beaucoup de mots composés perdent leur trait d’union comme sagefemme, extraterrestre, portemonnaie, entretemps, weekend… et le pluriel des noms composés (qui était souvent un casse-tête) gagne aussi en logique. Dans les noms composés verbe+nom ou préposition+nom le second élément prend la marque du pluriel : des après-midis, des compte-gouttes… Par contre on écrit des grands-pères (adjectif+nom).

Un tréma est rajouté sur le u quand il doit être prononcé : aigüe, ambigüe, ambigüité… Par contre l’accent circonflexe disparait sur le i et le u où il ne joue aucun rôle phonétique et où son emploi était non seulement aléatoire mais en plus rarement justifié par l’étymologie. Il est conservé sur le e et le a comme dans forêt ou château où il est la trace d’un ancien s (forest et chasteau). Il est également conservé sur les mots qui sans cela pourraient être confondus entre eux comme du et dû, mur et mûr, sur et sûr. Il est toutefois un cas où je n’approuve pas la proposition de l’Académie Française : c’est le féminin de sûr pour lequel l’accent circonflexe n’a pas été gardé. Je trouve que c’est une erreur car la confusion demeure avec sure (acide, aigrelette). Du coup je préfère écrire « Je suis certaine de… ».

On a beaucoup entendu parler de nénufar, la graphie proposée par l’Académie en remplacement de nénuphar. On a même dit que maintenant on écrirait un éléfant ! En réalité on a toujours écrit nénufar jusqu’en 1935 où on a décidé de l’écrire avec un ph en pensant qu’il était de la même famille que nymphéa qui est d’origine grecque alors qu’en réalité nénufar vient du persan. L’Académie a donc juste rétabli la graphie légitime, utilisé depuis toujours et conforme à l’étymologie.

 

Globalement, sur un roman de trois-cents pages, la réforme ne concerne qu’une dizaine ou au maximum une quinzaine de mots. Ces rectifications sont mineures et la plupart d’entre vous ne les ont peut-être même pas remarquées. Comme nos ancêtres ont accepté petit à petit les précédentes réformes orthographiques, nous allons nous habituer à des graphies plus cohérentes et plus claires, ce qui ne peut que profiter à la langue française. C’est pour y contribuer que j’écris et publie en nouvelle orthographe !